Les Petites Dalles et la Mémoire des Hautes Falaises
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Claude Monet aux Petites Dalles chez son frère Léon

mardi 23 avril 2019, par Jean Claude Michaux

Claude Monet à l’origine de l’Impressionnisme est venu plusieurs années aux Petites Dalles à partir de 1880. Il séjournait chez son frère aîné, Léon Monet. Pour savoir où séjournait Claude, il faut donc déterminer où se trouvait la maison de Léon.

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1881

Achat d’un terrain par Léon Monet

En août 1874, Auguste Chiffray et son épouse Joséphine Lecauchois, font l’acquisition d’un terrain en nature de labour et pâturage, d’une surface 1 ha 13 a 50 ca. Le prix de vente est de 10.000 francs payable moitié en octobre 1874 et l’autre moitié le 29 septembre 1875. Un second terrain, de 6 a 81 ca, est acquis en novembre 1874.

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Avant même d’avoir totalement payé ce terrain, d’une surface totale d’environ 12.000 m2, M. et Mme Chiffray vont commencer à vendre un premier lot à Léon Monet le 9 août 1875, d’une surface 1.122 M2 pour un prix de 1.963,50 francs. Rapporté à la surface, le prix de vente par Auguste Chiffray est le double de son prix d’achat. La jouissance des lieux est différée au 29 septembre 1875, vraisemblablement dans l’attente du paiement du solde du prix par les époux Chiffray aux consorts Guilbert.

Lors de cette acquisition, Léon Monet a pour profession représentant de commerce. Il aura ensuite son entreprise de produits chimiques et sera membre de la Société industrielle de Rouen. Société savante à l’origine de l’APAVE et de l’Institut Chimique de Rouen. Dans l’acte d’acquisition de son terrain, il habite à Maromme, puis dans d’autres documents à Déville-les-Rouen.

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Auguste Chiffray, imprimeur sur tissus, peut avoir fait la connaissance de Léon Monet, dans le cadre de ses activités professionnelles ou à Maromme où ils demeurent ou aux Petites Dalles. Ils y venaient depuis quelques années, car en 1874, ils font partie des 266 baigneurs des Petites Dalles figurant sur l’état adressé à l’administration pour réclamer la construction d’un mur de soutènement suite aux tempêtes de 1863 et 1868.

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En 1875, M. et Mme Chiffray ont déjà décidé de conserver un terrain sur lequel la construction de leur villa est commencée (Villa Kermor ?). Ce terrain se situe au Nord-Ouest du terrain cédé à Léon Monet.

Une autre parcelle trapézoïdale, longeant la rue sur sa petite largeur, sera vendue à M. Breissan. En 1883, il y fera construire les 13 villas Saint Jean. Quatre bâtiments de villas jumelles et un bâtiment regroupant 5 villas. Volontairement, chacun des bâtiments était d’un style différent.

Localisation du terrain de Léon Monet

L’acte de vente du terrain cédé à Léon Monet, établi par Me Auger, Notaire à Valmont, contient une désignation précise mais qui n’est malheureusement pas accompagnée d’un plan ni de références cadastrales. Les dimensions sont les suivantes :

  • 45,90 m au Nord-Ouest (côté mer) M. et Mme Chiffray, "sur lequel il font construire en ce moment un pavillon",
  • 52,80 m « d’autre côté » M. et Mme Chiffray (Sud-Est),
  • 23,10 m « dans le fond », M. Tuvache, une sente entre deux (Nord-Est),
  • 21,40 m « pardevant » M. et Mme Chiffray (Sud-Ouest).

Les expressions « dans le fond » et « pardevant » s’expliquent par le sens d’arrivée en venant de la rue.

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L’existence d’une servitude de passage sur un chemin existant et à prolonger montre que se terrain se trouvait à une certaine distance du chemin départemental de grande communication de Duclair à la mer (actuelle rue Joseph Heuzé).

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A l’opposé, vers le Nord-Est, il est fait mention d’une sente entre le terrain vendu et la propriété de M. Tuvache. Il pourrait s’agir de ce qui deviendra le chemin Bellevue, en 1901.

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Plan cadastral de 1982

Sur le plan cadastral actuel, le terrain marqué en rouge a des dimensions, pour chacune des orientations, très proches de celles figurant dans la désignation ci-dessus. La création du chemin Bellevue (voie communale sur le plan cadastral ci-dessus) a certainement eu une légère incidence sur les dimensions de ce terrain.

Dans la désignation était en outre précisé : "observation faite que la largeur du terrain dans le fond est mesurée sur une ligne oblique". Cette observation est logique puisque le terrain a deux longueurs différentes ( 45,90 m et 52,80 m). Sa forme résulte vraisemblablement du tracé de la sente. Sur le plan cadastral actuel, le chemin de Bellevue décrit une courbe. La limite de ce terrain au Nord-Est est donc oblique et incurvée.

Ce terrain est-il celui acquis par Léon Monet ? Il n’est pas possible de l’affirmer formellement. Mais, tous les éléments dont nous disposons militent dans ce sens.

Pour acquérir des certitudes, il serait souhaitable que les propriétaires actuels de ce terrain et des propriétés voisines recherchent dans leurs archives : les noms des anciens propriétaires, les noms des notaires et les dates de tous les actes visés dans les origines de propriété.

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Sur la photo, ci-dessus, de 1875, communiquée par Jérôme Seyer, le terrain non construit est bien visible. J’ai représenté en rouge, à droite, l’actuelle rue Joseph Heuzé. La zone blanche à gauche de la photo correspond vraisemblablement aux travaux de début de construction de la maison de M. et Mme Chiffray. La partie basse du terrain acquis par Léon Monnet serait approximativement située au niveau du rectangle rouge à gauche de cette photo.

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Sur la carte postale ci dessus : les 13 villas Saint-Jean, construites en 1883, sont clairement identifiables. Les 5 villas contiguës seront transformées, vers 1905, en Hôtel "des Pavillons".

C’est derrière le bâtiment regroupant 5 villas Saint Jean que devait se situer le terrain de Léon Monet.

Le chemin à construire sur cinq mètres de longueur avec la courbe de raccordement à quatre mètres de l’angle Ouest du terrain vendu permettait l’accès de véhicules dans la partie basse du terrain. Elle sera aplanie et abritera plus tard le garage et le cinéma de l’hôtel des Pavillons.

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Pour bénéficier d’une vue sur la mer, la maison a vraisemblablement été implantée dans la partie haute du terrain. Sur les premières cartes postales, une maison, au toit en tuiles, est bien visible. Elle existe encore aujourd’hui.

S’agit-il de la maison de Léon Monet ? Je ne peux l’affirmer, mais c’est très vraisemblable.

Villégiature des Monet aux Petites Dalles

Nous ne savons pas combien de temps Léon Monet a conservé cette maison. Les traces écrites de sa présence sont antérieures au séjour, dans sa maison, de son frère Claude.

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Léon Monet en 1873 ou 1874

Léon Monet figure en1875 sur l’état des souscripteurs pour établir un garde corps. Le nom de l’Impératrice d’Autriche « SISSI » figure en premier en raison de l’importance de sa contribution.

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En 1877, Léon Monet sera l’un des souscripteurs pour la reconstruction de l’épi suite à la destruction de l’épi en bois.

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Le peintre, Claude Monet, a séjourné aux Petites Dalles à partir de 1880.

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Claude Monet autoportrait de 1886

Il a alors peint la falaise entre Les Petites Dalles et les Grandes Dalles et celle de la pointe de Saint-Pierre-en-Port. Cette double falaise, située en direction de l’Ouest est exceptionnelle et particulièrement harmonieuse.

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1880

Ce tableau "les falaises des Petites Dalles", peint en 1880, a été accueilli très favorablement. Claude Monet a donc peint, pendant plusieurs mois, de nombreux tableaux de falaises le long du littoral Normand à Pourville, Fécamp, Etretat...

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Madame Monet sur la plage des Petites Dalles
fond Xavier et Thierry Carteret

Curieusement, Claude Monet a peint plus souvent la falaise amont. Ce choix résulte peut être de la qualité de l’ensoleillement et de la gaité des couleurs, de cette falaise amont et de la mer, en fin d’après-midi.

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1884
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1884
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1884

Localisation erronée de la maison des Monet

La servitude de passage, à charge de M. et Mme Chiffray, a vraisemblablement été reprise lors de la vente à M. Breissan, puis lors de la cession des diverses villas Saint Jean.

En 2010, M. et Mme Dudonné m’ont signalé cette servitude en faveur de Léon Monet figurant dans l’acte d’acquisition récent de leur Villa Saint Jean (à droite sur la photo).

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Le rédacteur de l’acte a repris cette servitude par prudence. Il aurait pu s’en dispenser, car située à l’angle de la rue Joseph Heuzé, au Sud-Est, cette villa ne peut être concernée par cette servitude. En effet, elle ne jouxte pas le chemin d’accès créé au Nord-Ouest (côté mer - en jaune sur le plan cadastral). Ce chemin longe la villa "les Catelets".

Dans un dossier établi en 2010, à l’occasion de « Normandie Impressionniste" j’avais évoqué cette servitude, en concluant que le terrain de Léon Monet se trouvait à proximité des villas Saint Jean.

Une mauvaise interprétation de cette information s’est traduite pour certains lecteurs de ce dossier par la localisation des séjours de Claude Monet dans l’une des villas Saint Jean (la première à droite). Plusieurs auteurs ont repris, sans vérifier, cette localisation erronée.

Pourtant, le terrain de cette villa Saint Jean n’a rien de commun avec le terrain acquis par Léon Monet, ni la surface, ni les dimensions des côtés, ni les propriétés voisines, ni les accès, ni la localisation par rapport à la rue.

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