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La Serbie dans la guerre 1914 1918

mercredi 11 juillet 2018, par Jérôme Seyer

Entre le 28 juillet, date du premier bombardement austro-hongrois visant Belgrade, et le 12 août, date du déclenchement de la première offensive d’envergure contre le royaume, les combats se limitent à des duels d’artillerie et de brèves opérations destinées à fixer les troupes serbes au Nord du royaume.

Le 12 août,Oskar Potiorek lance ses unités au-delà de la Save, au Nord-Ouest du royaume, repoussant la III armée serbe devant elle ; cette percée inattendue constitue une surprise pour le commandement serbe qui replie toutes ses unités. Rapidement, l’offensive austro-hongroise s’enlisent rapidement, dès le troisième jour de l’attaque8. Ainsi, les unités serbes, regroupées à une certaine distance de la frontière8, arrêtent les unités austro-hongroises au terme de cinq jours d’offensive, par une attaque de flanc, d’abord le 17 août au Mont Cer, puis le 21 août à Jadar, obligeant le commandement austro-hongrois à ordonner une retraite, qui se fait dans le plus grand désordre.

En dépit de ces défaites, Belgrade est occupée par les Austro-hongrois le 2 septembre, puis reprise par les unités serbes dans les jours qui suivent, à la suite d’une nouvelle défaite austro-hongroise.

Ces unités serbes se lancent alors à l’assaut du territoire de la double monarchie, lançant des opérations en Smyrnie et dans le Banat, prenant la ville de Smern. Cette offensive est menée concurremment à une nouvelle offensive austro-hongroise lancée le 6 septembre ; cette seconde offensive se révèle un échec, mais oblige Putnik à redéployer ses unités, donnant ainsi le temps à Potiorek de remanier son dispositif, facilitant la défense de la Bosnie, obligeant les unités serbes à repasser la frontière le 18 septembre.

Dans le même temps, des unités serbes s’avancent en Bosnie-Herzégovine, prenant Pale le 25 septembre, mais une défaite à proximité de Sarajevo le 18 octobre oblige le commandement serbe à abandonner ses conquêtes du mois précédent.

Exploitant le succès d’octobre, Potiorek cherche à écarter définitivement la menace serbe, jouant sur la fatigue des soldats serbes, en lançant une opération de grande ampleur contre les positions serbes, alors que le front semble favorable à une attaque austro-hongroise sur des unités serbes en retraites.

Ainsi, le 6 novembre, à l’issue d’une solide préparation d’artillerie, Potiorek relance ses unités à l’assaut des positions serbes, les repoussant à 70 kilomètres de leurs positions de départ9. Ce recul permet aux unités austro-hongroises de s’emparer de Valejo le 15 novembre15 et de franchir la Kolubara le 17. Cette avancée se fait dans des conditions climatiques difficiles, aggravées par les pénuries alimentaires et vestimentaires qui frappent l’armée austro-hongroise.

Ces succès demeurent cependant précaires, en raison de la retraite en bon ordre des unités serbes et de la précarité grandissant du ravitaillement austro-hongrois au fur et à mesure de leur avancée à l’intérieur du territoire serbe17.

Belgrade, faiblement défendue par un cordon de troupes, est reprise par les Austro-hongrois le 29 novembre, à la suite de l’évacuation de la ville par le commandement serbe18 et de franchir la Kolubara le 17 ; mais la prise de la ville a nécessité la division des forces engagées contre la Serbie. Face à ses succès austro-hongrois, le commandement serbe ordonne une retraite dans la profondeur du territoire serbe, afin de garantir à l’armée en campagne de meilleures positions.

Galvanisées par la présence du roi Pierre, par un meilleur ravitaillement, par les mesures prises sur front par les officiers, commandées par des généraux qui exploitent à merveille la division des forces voulue par le commandement austro-hongrois trop sûr de sa victoire, les unités serbes engagées dans la retraite mais renforcées par des troupes fraîches venues du sud du pays, se retournent contre les unités autrichiennes et, en dépit des mesures austro-hongroises destinées à sauvegarder Belgrade, les expulsent du royaume durant les quinze premiers jours de décembre 1914, reprenant Belgrade .

À l’issue de cette victoire, le front se stabilise, chacun des deux adversaires adoptant une attitude défensive, favorisée par l’épuisement serbe, le redéploiement des unités austro-hongroises en Italie et en Galicie et par une épidémie de typhus sévissant en Serbie et le long du front.

À l’issue de ces cinq mois de conflit, l’armée austro-hongroise a essuyé plusieurs défaites majeures face à la Serbie et a dû enregistrer des pertes élevées face à une armée serbe motivée, expérimentée et connaissant le terrain. Conséquences militaires

De part et d’autre, les adversaires sont épuisés, entraînant la stabilisation du front sur la frontière d’avant la guerre.

L’armée austro-hongroise déployée face à la Serbie est réorganisée : à partir du 26 décembre 1914, elle est placée sous le commandement de l’archiduc Eugène, tandis que Potiorek démissionne, obéissant à une requête formulée par François-Joseph à la suite d’enquêtes ordonnées directement par ce dernier. En effet, les premières opérations face à la Serbie ont démontré le caractère brouillon du commandement austro-hongrois, multipliant les ordres et les contrordres, ne coordonnant pas les mouvements des unités déployées sur le terrain.

L’armée serbe, en dépit de ses succès, enregistre la perte de plus de 120 000 soldats, blessés, tués ou prisonniers.

Ces victoires n’ont cependant été possibles qu’en raison de la poussée russe en Galicie, retenant loin du front du Danube la majeure partie des effectifs austro-hongrois ; le commandement serbe, dans ses rapports avec les Alliés, néglige le fait qu’ils ont écrasé des unités de valeur médiocre mal entraînées.

  • Conséquences politiques

La résistance serbe face à la poussée austro-hongroise entraîne un fort courant de sympathie dans le monde entier1.

Ainsi, l’armée serbe tire des victoires remportées en 1914 un grand prestige auprès de l’Entente ; chez les Alliés, les victoires serbes sont volontiers comparées à la victoire de la Marne, à la fin de l’été 1914.

Ces victoires demeurent fragiles, en grande partie dues à l’inertie des voisins balkaniques, retenus par les victoires serbes. En effet, dans chacun des États encore neutres de la péninsule, les deux alliances possèdent des partisans, incitant ces pays, Roumanie, Bulgarie, Grèce à maintenir une stricte neutralité, en attendant de connaître les vainqueurs potentiels.

Cependant, en dépit des victoires serbes, le front des Balkans se trouve rétrogradé au rang de front secondaire, alors que le conflit met aux prises deux coalitions à l’échelle de l’Europe, préfigurant la perte d’influence de la double monarchie au sein de la Triplice.

Les Empires centraux, tenus en échec par la Serbie tout au long de l’année 1914, prendront leur revanche l’année suivante lors de la campagne de Serbie (1915) avec le concours de la Bulgarie à qui ils promettent la Macédoine serbe. Sort des civils

Dès les premiers jours du conflit, la répression touche les Serbes de la double monarchie, Oskar Potiorek, chargé du commandement des unités déployées face à la Serbie et au Monténégro, est également responsable de l’ordre en Bosnie-Herzégovine. En effet, dès la fin du mois de juillet, il mène une politique vexatoire qui vise en priorité des Serbes de la double monarchie, traitant les Serbes de tous âges et de tout sexe comme des partisans en puissance, prenant des otages, ordonnant des exécutions.

Lors de la première occupation austro-hongroise, les soldats de la double monarchie, considérant l’ensemble de la population serbe comme des partisans en puissance, se livrent à de nombreuses exactions dans les villages serbes qu’ils traversent, abondamment rapportées par les reporters de guerres neutres ou alliés ; dans ces villages, la population est rassemblée, et devant le refus de se soumettre à la double monarchie, elle est souvent massacrée dans des conditions parfois terribles. Au terme de la brève campagne de l’été, les exactions austro-hongroises sur les civils serbes ont entraîné la mort de près de 3 500 personnes, essentiellement des villageois résidant dans les agglomérations situées sur le passage des unités de la double monarchie.

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