Les Petites Dalles et la Mémoire des Hautes Falaises
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LE « CAPITAINE DES PETITES DALLES » FOUQUET, RICHELIEU ET LE NOUVEAU MONDE

mardi 5 septembre 2017, par Jean Claude Michaux

LE « CAPITAINE DES PETITES DALLES »

FOUQUET

RICHELIEU

ET LE NOUVEAU MONDE

Dans son ouvrage sur Nicolas Fouquet, Jean-Christian Petitfils (1) évoque l’amitié qui s’était nouée entre Fouquet et « des hommes passionnés par les affaires maritimes tels que… Jacques…. Berruyer, sieur de Manselmont, capitaine des ports de Veulettes et des Petites-Dalles-en-Caux ». Cette mention dans un ouvrage récent justifie de procéder à une recherche sur ce personnage, sur son rôle au sein de Compagnies créées pour partir à la conquête du Monde et aussi sur ce titre de capitaine.

La découverte et le partage du Nouveau Monde

Avec un certain chauvinisme, je dois mentionner la tradition concernant Jean Cousin. Ce navigateur dieppois (2) aurait été le premier, dès 1488, à atteindre le Nouveau Monde à l’embouchure d’un grand fleuve qu’il aurait nommé Maragnon (Amazone), puis le Sud de l’Afrique. Pour conserver l’exclusivité des routes commerciales, les armateurs dieppois gardaient leurs découvertes secrètes, mais Vincent Pinzon, second de l’expédition Cousin, renvoyé pour mauvaise conduite, aurait offert ses services à Christophe Colomb et participé à la découverte officielle du Nouveau Monde.

Peu après cette découverte des Antilles, en 1492, le pape Alexandre VI, par une bulle Inter Caetera, de mai 1493, attribua à la Castille les nouvelles terres découvertes à l’Ouest d’un méridien situé à 100 lieues (3) des îles du Cap-Vert et au Portugal celles situées à l’Est. De ce partage étaient exclues les terres connues et sous contrôle d’un état chrétien.

Par le traité de Tordesillas de 1494, cette ligne de séparation sera reportée de 100 à 370 lieues à l’Ouest du Cap Vert.

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Pédro Alvares Cabral

Le Brésil, officiellement découvert, en 1500, par Pédro Alvares Cabral, forme sailli à l’Est de cette ligne de séparation. Le Portugal obtiendra donc la partie orientale du Brésil puis s’appropriera la partie Ouest. Après une brève et décevante implantation aux Antilles, les espagnols se tourneront vers l’Amérique pour ses richesses en métal précieux.

Les Normands et l’Amérique

Peu après Jean Cousin, le honfleurais Binot Paulmier de Gonneville se rendit au Brésil où il recherchait des bois de teinture.

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Binot Paulmier de Gonneville
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Giovanni da Verrazzano

Le florentin Giovanni da Verrazzano fixé à Dieppe, depuis 1506, naviguait essentiellement vers Terre Neuve et la Méditerranée. Après la découverte, en 1522, par Magellan d’un détroit au Sud de l’Amérique, les français souhaitaient trouver un passage au Nord pour ouvrir une nouvelle route vers l’Asie. Giovanni da Verrazzano (4) proposa à François Ier de rechercher cette route. En 1523-1524, il partit de Dieppe et longea la côte Est de l’Amérique, de la Caroline du Nord au Canada. A défaut de route des Indes, il découvrit l’estuaire de l’Hudson et en particulier le site de New-York, qu’il baptisa Nouvelle Angoulême en hommage au roi.

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Jehan Ango

En 1526, il constitua à Rouen une Compagnie avec cinq normands dont Jehan Ango (5).

La dernière expédition de Giovanni da Verrazzano, en 1528, se termina par sa mort dans une des îles Antilles. Des ports Normands (Harfleur, Honfleur, Dieppe), des navigateurs armaient pour la pêche au large de l’Amérique, ramenaient des fourrures d’Amérique du Nord et du bois du Brésil mais n’envisageaient pas de se fixer hors de France.

Remise en cause du partage de 1493-1494

Les autres puissances maritimes européennes telles que la France, l’Angleterre ou les Pays-Bas ont été exclues de ce partage. Dans un premier temps, des marins aventureux se lancèrent dans des voyages d’exploration, de contrebande ou même de piraterie. Mais après un siècle de monopole des espagnols et des portugais, ces pays voulaient profiter des richesses du nouveau Monde. Cette remise en cause du partage de 1493-1494 résultait de plusieurs causes, notamment :

  • du développement du protestantisme et du rejet de l’autorité du Pape,
  • du développement des flottes d’Angleterre, de France et des Pays-Bas. La tentation était donc forte pour les souverains de ces pays de stimuler les implantations permanentes et le commerce maritime. Dans ce sens, Louis XIII et Richelieu octroieront des privilèges aux particuliers souhaitant organiser et financer le départ de colons. En outre, ils accorderont des lettres de course autorisant les corsaires, en temps de guerre, à attaquer tout navire battant pavillon ennemi.

La Compagnie de Saint Christophe puis la Compagnie des Iles de l’Amérique

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Pierre Belain d’Esnainbuc sur un billet de banque de la Martinique

Pierre Belain, sieur d’Esnambuc, né à Allouville-Bellefosse, était capitaine du Roi sur les mers du Ponant.

En 1625, pour radouber, à l’issue d’une rude bataille avec un vaisseau de guerre espagnol, il se rendit dans l’île de Saint-Christophe. Cette île, actuellement St-Kitts, est située dans la mer des Caraïbes, au Nord de la Guadeloupe.

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Ile Saint Christophe

Elle était alors occupée par des indiens caraïbes et quelques anglais. Rentré en France, d’Esnambuc fit valoir la qualité du petun (tabac) et l’intérêt de la colonisation de cette île. Il signa avec le Cardinal de Richelieu, dans son palais, l’acte d’association des Seigneurs de la Compagnie de Saint Christophe pour « faire habiter et peupler les îles de Saint Christophe et la Barbade et autres situées à l’entrée du Perou ».

Dix ans plus tard, cette compagnie sera remplacée par la Compagnie des Iles de l’Amérique. Le 12 février 1635, le contrat est signé par le Cardinal Duc de Richelieu, en son hôtel et par le représentant des associés de la Compagnie de St Christophe, Jacques Berruyer, Escuyer, sieur de Mantelmont, capitaine des Ports de Mer de Veulette et Petite Dalle en Caux (6).

Le Cardinal, au nom de Louis XIII, accorde à la Compagnie :

  • de continuer la colonisation de l’île de Saint-Christophe et autres îles situées dans la mer des caraïbes,
  • de faire fortifier les places, fondre canons, mettre des capitaines et des gens de guerre,
  • d’obtenir la propriété des îles sauf la Foy et l’Hommage dus au Roy,
  • de bénéficier du monopole pour commercer dans ces îles, Les colons et natifs convertis seront « réputez naturels françois » et les associés « ne diminuerons en rien de leur noblesse, qualitez, privilèges et immunitez ». La Compagnie devra envoyer 4.000 colons en 20 ans.

Soit par conviction soit pour ne pas remettre ouvertement en cause l’autorité du Pape, le Roi et Richelieu assignent à la Compagnie la double obligation :

  • de s’implanter dans des îles non occupées par un prince chrétien,
  • et d’entretenir de nombreux ecclésiastiques avec l’objectif d’évangéliser les habitants.

Richelieu n’oublie pas ses intérêts et précise que les importations devront se faire par le port du Havre dont il est gouverneur.

Le lendemain « notre capitaine des Petites Dalles » rend compte de sa négociation aux associés de la Compagnie réunis à titre extraordinaire. Les participants proposent de nouvelles règles statutaires en vue d’assurer un bon fonctionnement à la nouvelle Compagnie. Quatre directeurs se chargeront de l’animer. Les premiers sont quatre conseillers du Roi, les sieurs de Guenegaud, Martin de Maunoy, Bardin et Berruyer.

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Nicolas Fouquet

Pour éviter les difficultés de convocation, les réunions sont fixées à heures et dates fixes, une fois par mois, pour les directeurs et une fois par an pour les associés. Elles se tiendront au logis de François Fouquet (père de Nicolas).

Le 14 février 1635, la Compagnie mandate l’Olive et du Plessis pour coloniser la Martinique, la Guadeloupe ou la Dominique. Elle s’associe avec les marchands de Dieppe qui s’engagent à faire passer 2500 hommes contre le droit de recevoir de ces colons une partie de leur récolte.

Jacques Berruyer, notre « capitaine des Petites Dalles », en sa qualité de directeur, organise l’envoi de colons à partir du Pays de Caux. Par exemple, à Fécamp en août 1635, Jacques Ricques et Marin Hellaine, notaire et tabellion royaux, reçoivent une trentaine d’actes (7) relatifs à une expédition sur le bateau le « Grand Henry ». Ces actes portent sur différents aspects : transport de personnes, engagement de colons par la Compagnie, engagement de serviteurs par certains colons, procuration, vente de la moitié « de certain navire nommé le Grand Henry », modalités de remboursement des sommes empruntées et partage par « lhot » entre les membres de l’équipage (capitaine 2½, lieutenant 1½, maître & pilote 1 lot, canonnier ¾, chirurgien 2/3, les matelots 1/3 ou ¼ de lot). Dans un acte du 20 août, 93 colons prennent chacun l’engagement de s’embarquer sur « le Grand Henry », puis de rester à Saint-Christophe pendant 3 ans au minimum, pour planter et recueillir du petun, coton, roucou (plante dont était extrait un colorant jaune) et de payer annuellement, aux seigneurs de la Compagnie : 125 livres de petun ou 40 livres de cotton et au gouverneur et officiers de l’île le dixième des autres fruitz.

Peu avant sa mort, en 1640, François Fouquet associa son fils à son œuvre maritime et coloniale. Comme son père, Nicolas jouera un rôle actif dans le fonctionnement de plusieurs de ces compagnies. Plus tard, par prête-nom interposé, il obtiendra de Louis XIV le titre de vice-roi d’Amérique puis de gouverneur de Terre Neuve. La Compagnie de la Nouvelle France, les armateurs et les pêcheurs parvinrent à empêcher la vérification par le Parlement des lettres de provision. Nicolas Fouquet tenta, également sans succès, d’acquérir plusieurs des iles Antilles.

Pour conforter la Compagnie, le 29 janvier 1642, le cardinal de Richelieu passe un contrat « au nom du roy avec le Sr Berruyer un des Directeurs (agissant) pour les associez en la Compagnie des îles de l’Amérique ». Il réserve au Grand Conseil du Roy les procès de la Compagnie et lui confirme, pour les vingt prochaines années, son monopole et l’exemption des droits d’entrée. Cet accord ratifié par un édit du roi Louis XIII est enregistré, le 28 mai, par le Grand Conseil du Roy qui fait mention de « Jacques Berruyer …capitaine des ports de Mer de Veulettes et Petites Dalles … » (8). C’est encore lui qui en qualité de Directeur de la Compagnie, prête au Roi, es mains du chancellier Séguier, foy et hommage et service de fidelité. Rapidement, les gouverneurs des îles agirent plus dans leur propre intérêt que dans celui de la Compagnie. Les colons en profitèrent pour s’abstenir de verser les droits, privant ainsi la Compagnie de ses ressources. En outre, à Saint-Christophe, le commandeur de Poincy refusait de laisser la place à Noël de Patrocle de Thoisy nommé gouverneur par la Compagnie et le Roi.

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Signature de Jacques Berruyer sur le projet d’acte de vente de l’île de Saint Christophe

La Compagnie endettée n’était plus en mesure d’envoyer de nouveaux colons. Les actionnaires décidèrent donc de vendre l’île de Saint-Christophe (9). Le projet d’acte de vente a été établi en faveur de Christophe de Lonvilliers, sieur de Poincy. En fait il était le prête nom de son frère le commandeur de Poincy qui contrôlait l’île. Sur le prix de 90.000 livres tournois (£t), 18.000 £t devaient être payées comptant à Jacques Berruyer. Cette vente ne se réalisera pas. Finalement, la Compagnie vendra Saint-Christophe, à l’Ordre de Malte, en 1651 pour 125.000 £t. Préalablement, elle avait cédé la Guadeloupe pour 60.000 £t et La Martinique, Ste Lucie, La Grenade et les Grenadines pour 60.000 £t.

Jacques Berruyer a été associé et animateur de plusieurs autres compagnies coloniales :

  • au Canada :
    • la Compagnie de la Nouvelle France ou Compagnie des Cent Associés, Compagnie des Indes Occidentales, la Compagnie Rozée-Cheffault-des Chastelets (10), la Compagnie de Miscou, la seigneurie de Beaupré, la Compagnie de l’Île d’Orléans,
  • à Madagascar (Ile Dauphine) et la Réunion (Ile Bourbon) :
    • la Compagnie Française d’Orient (11).

A ce titre, il a signé de nombreux contrats portant notamment sur l’organisation des expéditions et l’attribution des terres à des Seigneurs ou à des colons.

Le nom de Jacques Berruyer, avec ou sans son titre de « capitaine de Veulettes et Petites Dalles », est donc cité par de nombreux auteurs contemporains dans des études d’histoire locale, dans des biographies et dans des ouvrages généraux sur le règne de Louis XIII.

Implantation de la famille Berruyer à Saint-Pierre-en-Port

La famille de Jehan Berruyer était originaire de Touraine. Le père de son épouse, Catherine Mansel, possédait une propriété à Saint-Pierre-en-Port. Une série de conventions entre l’Abbaye de Fécamp et les familles Mansel, Berruyer, puis Brethinières sont déposées aux Archives Départementales de la Seine-Maritime (12).

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Boulleville Cadastre napoléonien de St-Pierre-en-Port

En 1581, l’abbaye de la Trinité de Fécamp accorde à Jehan Berruyer le droit de colombier, puis en 1595, l’autorisation de trois tourailles et l’une d’icelles volière à pigeons, en 1599, la cession de 8 acres de terre en fieffe perpétuelle et son érection en fief noble de un huitième de haubert, sous le nom de Rougeville.

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Le Tignolet (les Grandes Dalles) Cadastre napoléonien de St-Pierre-en-Port

La propriété de la famille Berruyer était située à Boulleville de la « Grand’rue » au fond des Grandes Dalles. Elle s’étendait sur environ 88 acres (13) dont les 8 acres repartis en 3 pièces de terre situées à la Costes aux Moynes, la passée de Thignollet et la passée du Vauchel.

Dans ces contrats avec l’Abbaye, Jehan Berruyer porte les titres de : • valet ou secrétaire du roi (Henri III puis Henri IV) et de la reine (Louise) (14) • commissaire ordinaire de la Marine, • "cappittaine des portz de mer de St Pierre en Port et des Grandes Dalles" puis "cappittaine de Veullettes et Petittes Dalles".

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Supplique de Jehan Berruyer à l’abbaye de Fécamp (1599)

Transcription : Mes seigneurs les religieux, prieur et couvent de l’abbaye de Ste Trinité de Fescamp

Très humblement vous remonstre Jehan Berruyer, escuyer, sr de Bernesault près Dieppe secrétaire ordinaire de la chambre du Roy et de la Royne Loyse douairière de France commissaire ordinaire de la marine et capitaine des ports de mer de St Pierre en Port et des Grandes Dalles qu’il vous auroit pleu en votre chapitre du vendredy 2e jour de may 1597 lui octroyer à fieffe perpétuelle trois…...

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acte de 1601 entre Jean Berruyer et l’abbaye de Fécamp

Transcription : L’an de grace mil six cent et un le samedi quinzième jour septembre à Fescamp devant nous Jean Duthuit licencié a chacun droit, senechal et garde du temporel et ausmonier de l’églize et abbaye de Ste Trinité de Fescamp a l’audience de cette jurisdiction s’est personnellement comparu Jean Berruyer escuier, sr de Bernesault, secréttaire ordinaire de la feue Roine Louize douirière de France, commissaire de la Marine, cappitaine de Veullettes et Petittes Dalles Lequel en la présence de honorable homme M Guillaume Fontaine procureur de cette Sergentrie

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Antérieurement, il avait occupé les fonctions de secrétaire des rois : François II et Charles IX. En 1583, il sera le parrain d’une cloche de l’église paroissiale de Saint-Pierre-en-Port. Charles de Beaurepaire (15) a signalé une pierre tombale, sous le calvaire, au nom de Jehan Berruyer avec cette mention « capitaine de ce lieu de Saint Pierre en Port et des Grandes Dalles en Caux ». A son décès, le fief de Rougeville échoit à Jehan, son fils aîné (16), lui aussi commissaire ordinaire de la marine et secrétaire successivement des chanceliers Pomponne de Bellière et Brullard sieur de Sillery. Il décède sans enfant en 1621. Son frère Jacques dont nous avons vu le rôle éminent dans les Compagnies Maritimes, lui succédera. Comme son père et son frère, il était Conseiller du Roy en tous ses Conseils (17). Pour service rendu, le roi lui a donné le fief de l’Orfavrerie, situé à Dieppe ou dans les environs.

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ancien Hôtel Berruyer rehaussé de deux étages

A Paris, il a occupé divers domiciles avant de faire construire un hôtel particulier sur un terrain situé dans le Marais, vendu par le prieuré de Sainte Croix de la Bretonnerie. Actuellement, cet hôtel rehaussé de deux étages, est toujours visible, sous le nom d’Hotel de Canillac, 4, rue du Parc Royal.

Jacques Berruyer détiendra le fief de Rougeville de 1621 à son décès en 1656. Son fils Jacques, Osmonier du roy, abbé commendataire de St Pierre le Vif à Sens, lui succède.

Sa fille, Denise héritera ensuite de son frère. Dans les actes dont nous disposons concernant ce fief de « Rougeville », c’est Charles de Bretinières, second mari de Denyse Berruyer, qui intervient.

Capitaine des Ports de Mer de Veulettes et Petites Dalles en Caux

Les auteurs rencontrés ont mentionné le titre de capitaine de nos deux ports d’échouage sans en rechercher ni l’origine ni la portée.

Par son mariage, avec Catherine Mansel, Jehan Berruyer s’implante à St Pierre-en-Port. Dans le premier acte, de 1581, il est commissaire ordinaire de la Marine. C’est un « officier de plume » exerçant des fonctions administratives. Par contre, il ne porte pas de titre de capitaine. Par la suite, il sera d’abord capitaine des ports de Saint-Pierre-en-Port et des Grand Dalles, puis de capitaine de Veulettes et des Petites Dalles. Après lui, son fils Jacques portera le même titre.

S’il s’agissait d’un capitaine de port, fonction opérationnelle, il serait anormal qu’il soit titulaire pour deux ports différents. De plus, les ports mentionnés ne disposaient ni de bassin de pleine eau, ni de quai. Petits ports d’échouage, ils étaient seulement équipés de cabestans permettant de remonter les bateaux de pêche sur les galets. Ces quatre ports ne justifiaient donc pas l’existence d’une capitainerie.

Par contre, le regroupement par deux de ces ports d’échouage correspond aux capitaineries de gardes côte. Les paroisses proches du littoral étaient astreintes au guet de mer et reparties entre les différentes capitaineries. Les quatre ports d’échouage cités abritaient au moins un corps de garde et une plate forme de batterie. Dans les documents dont nous disposons, Veulettes et les Petites Dalles font toujours partie d’une même capitainerie, de même que saint-Pierre-en-Port et les Grandes Dalles. Ainsi, la carte établie par le sieur de Fer en 1640, regroupe dans la Capitainerie des Grandes Dalles : le port de S. Pierre en Port et le port de la Grande Dalle et dans la capitainerie de Lunesette : la Valée de Claquedent et le C. du Castelier (pour Veulettes) et le Port de la Petite Dalle.

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Carte des Capitaineries des Gardes Côtes de 1640

Je n’ai pas trouvé de liste des capitaines de gardes côtes pour la période où ce titre a été porté par les Berruyer. Par contre, dans l’enquête réalisée en 1665, à la demande de Colbert, le capitaine de la même capitainerie (18) s’appelait Brethinières. Cette charge est donc restée dans la même famille pendant plus de 60 ans.

Un Conseiller-secrétaire du roi devenait noble dès son entrée en charge et cette noblesse devenait héréditaire après vingt ans.

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Armoiries de Jehan Berruyer

Cependant la noblesse d’épée semblait beaucoup plus prestigieuse aux yeux des membres de la noblesse de robe. Pour y parvenir, comme les Berruyer, ils procédaient donc à l’acquisition de charges de caractère militaire.

Jacques Berruyer, sans quitter la France, a participé avec enthousiasme à la colonisation du Nouveau Monde. Proche de Richelieu et de Fouquet, et comme eux, il a investi dans de nombreuses sociétés coloniales. Lors de l’arrestation de Nicolas Fouquet, les 40.000 £t des parts des compagnies coloniales et les 39.000 £t des propriétés situées à la Martinique et dans les Iles de Sainte Croix et Sainte-Lucie, représentaient moins de 1% de son patrimoine. Pour Jacques Berruyer et sa famille, cette activité et les participations dans les Compagnies coloniales n’ont été ni durables ni rémunératrices. Elles ont, par contre, porté le nom des Petites Dalles à travers le temps et au delà des océans.


(1) Jean-Christian Petitfils, Fouquet, Perrin, 1998, p. 302.

(2) Charles Desmarquets, Mémoires chronologiques pour servir à l’histoire de Dieppe, et à celle de la navigation françoise ; avec un recueil abrégé des privilèges de cette ville. A Paris, 1785, p. 91-98.

(3) environ 2.000 km, la lieue marine est égale à 1/20 de degré ( 5,556 km), histoiredechiffres.free.fr/ unites/longueur.

(4) Jean Jacquart, François Ier, Fayard, 1981, p. 261.

(5) Archives départementales de la Seine-Maritime (ADSM) 2 E 1 375.

(6) Père J.B. du Tertre, Histoire générale des Antilles habitées par les françois, Paris, Thomas Jolly, 1667, p. 45 à 54 et 208 à 217

(7) ADSM 2 E 49/168

(8) Père J.B. du Tertre, Histoire générale des Antilles habitées par les françois, Paris, Th. Jolly, 1667, p. 208 à 217

(9) Guillaume, Rossignol & du Chaxel, un projet de vente de l’île de St Christophe, Centre de Généalogie et d’histoire des îles d’Amérique, Cahier N°2, Sept. 1982 (AD77, cote 427 F 327).

(10) B. Sulte, L’organisation militaire au Canada 1636-1648, J. Durie, Ottawa, 1896, p. 2.

(11) R. Barquissau, Les Isles, Grasset, Paris 1942, p.68.

(12) ADSM 7 H 36.

(13) environ 50 ha, un acre = 56,75 ares dans le baillages de Cany, Gérard Arendel de Condé, Les anciennes mesures agraires de Haute-Normandie, Annales de Normandie 1968, p. 4.

(14) Louise de Lorraine-Vaudémont veuve de Henri III.

(15) Charles de Beaurepaire, Mémoire sur St Pierre-en-Port, Bulletin de la Commission des Antiquités de la Seine-Inférieure, 1894, p. 263.

(16) ADSM 7H36, Ratification par le Cardinal de Joyeuse du 14 août 1603, aveu de Jehan Berruyer d’août 1613.

(17) J.-B. de l’Hermite-Souliers, Inventaire de l’histoire généalogique de la noblesse de Touraine et pays circonvoisins, Alliot, 1669.

(18) J.-B. Voysin de la Noiraye, Mémoire sur la Généralité de Rouen (1665), Esmonin, Hachette, Paris,1913

Portfolio

Les Epincelles Cadastre napoléonien de St-Pierre-en-Port