Les Petites Dalles et la Mémoire des Hautes Falaises
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Rapport de Cazalonga

(en français )

mardi 22 décembre 2015, par Jérôme Seyer

Rapport de Cazalonga (en français )

Première journée

De bon matin on peut apercevoir des pécheurs qui se dirigent de notre côté. Je les regarde avec des jumelles, la plupart sont âgés. La 1e matinée se passe tranquillement. À la marée montante les pêcheurs s’en retournent vers Saint Pierre en Port, et ce n’est que plus tard dans l’après-midi, qu’on les revoit de nouveaux.

Le major FYNN me fait prévenir que je dois en arrêter un, pour lui parler et tâcher d’avoir des renseignements. On attend que presque tous finis leur pêche et j’arrête un qui marchait seul. Je sors de ma cachette je descends sur le pied de la falaise, tout en appelant par des coups de sifflet bref. Il se retourne, je lui fais signe de venir, il paraît hésiter, mais le voilà qui vient.

Je lui dis que je suis un commando français et que les deux autres qui sont avec moi sont des officiers britanniques (major Fynn et lieutenant Smith étaient avec moi à ce moment-là). Il nous tend la main, tout en regardant nos habits et nos souliers. De suite je me rends compte que c’est bon ; car il me dit que c’est un bon français et qu’on n’ai pas peur. Je lui dis qu’on voulait aller à Saint Pierre en Port, et lui demande la route pour traverser la plage de Saint-Pierre. (Car la nuit précédente on avait trouvé du barbelé tout le long de la plage de Saint-Pierre). Il nous explique, un peu hésitant et émotionné qu’on doit trouver un « doris » vert et que la route entre le barbelé commence la. Il nous dit qu’il ne veut pas se faire voir par les « boches » de peur de se faire fusiller. Enfin je suppose maintenant que c’était plutôt l’énervement de ce voir en train de parler à des commandos britanniques.

En suivant le chemin qui part du « doris » vert on doit arriver droit au milieu du casino et la tourner à droite pour aller au village. Il nous dit qu’il n’y a pas de sentinelle la nuit, et il en est bien sûr. On lui demande s’il y a des mines, il ne sait pas. Enfin nous voilà pourvus de quelques renseignements t il veut s’en aller car il se fait tard pour son heure de rentrée au village. On lui donne rendez-vous pour le lendemain matin à 7:30 à sa montre.

Après qu’il soit parti, j’ai pu m’apercevoir en réfléchissant que cet homme m’a dit qu’il avait quatre enfants et sa femme et c’est uniquement pour cela qu’il montrait cette méfiance, que d’ailleurs par la suite on verra s’est transformée en entière camaraderie.

2e journée

Dans la nuit je n’ai parlé à aucun Français, donc rien à signaler. Le jour se lève et leur approche où notre français doit arriver. Le voilà qui vient, un peu en retard. Il s’excuse, c’est les « boches » qui leur ont fait des ennuis en passant sur la plage. Il nous dit que il a entendu les « Boches » dire qu’une vedette avec des « Tommies » était venue. On lui demande s’il a entendu la fusillade de la nuit précédente. Il ne l’a pas entendu, il n’habite à Saint-Pierre il habite à Eletot. On lui dit que la sentinelle nous a tiré dessus, et qu’il nous avait dit qu’il n’y avait pas de sentinelle. Il est embêté, et nous dit que peut-être les sentinelles se promènent le long de la promenade. Je lui demande si le moral est bon, il me dit que oui, que tout le monde nous attend. Enfin je vois qu’il a moins peur qu’hier. On parle un peu de tout, je lui dis d’ou je viens etc. etc. etc...

Je lui demande s’il a trouvé bonne les rations qu’on lui avait données la veille. Il nous dit que oui. Et comme je vais pour lui dire qui ne laisse pas traîner aucun papier, il me dit de ne pas m’inquiéter que personne ne verra rien. Il nous demande si on voudrait des photos de Saint-Pierre, on lui dit oui, et alors il me dit qu’un de ses amis viendra dans l’après-midi avec des cartes postales. Il me dit qu’il sera habillé en bleu de chauffe et qu’il ira près des filets de pêche qu’il y a en bas de la falaise. -il part, et plus tard on le voit repasser.

Dans l’après-midi, assez tard (je ne me rappelle pas exactement le) je vois avec mes jumelles un pêcheur bleu de chauffe qui se dirige sur nous tout en regardant la falaise. Je pense que c’est celui-là celui que j’attends. En effet il va droit au filet et pose son panier. Je l’appelle, vais vers lui, avec le lieutenant Smith, et il paraît assez content de nous voir. On se salue et la 1e des choses qu’il me dit ces que dès qu’il a sus qu’on était là il est venu parce qu’il veut nous donner un coup de main. De sa poche il sort des cartes postales, où on distingue très nettement Saint-Pierre-en-Port vue de la mer. Il nous explique avec un vif intérêt où sont postés les mitrailleuses boches, où sont les canons, les mines, les baraques, le HQ – enfin il nous donne tous les renseignements possibles. Il y a 40 hommes qui occupent le village. Il nous dit le chemin qu’il faut prendre et ajoute entre parenthèses qu’il ne faut pas qu’on le manque ! On lui demande ou il y a une sentinelle. Il nous dit qu’il n’y en a pas mais que près du casino il y a un poste avec un phare pour les bateaux, et que sans doute c’est de la qu’on nous a tiré le jour précédent. On parle un peu de tout. lui, il est du Havre et il habite Saint-Pierre, il a été évacué il me dit que les boches évacuent les installations du port du Havre, parce que soi-disant (d’après les poches) les Anglais doivent prendre le Havre le 1e jour de leur offensive. Il me donne un journal du même jour (je conserve en cas où vous le voudriez). On continue à discuter, il parle un peu l’anglais, je lui demande comment ça se fait. Alors il n’explique qu’il était à Dunkerque évacué en Angleterre resta quelque jour ici et après expédiée en France pour combattre. Je lui demande si ces lui qui avaient voulu partir et lui demande la date ; il me dit qu’on les a renvoyés de force étant donné qu’ils étaient soldats, et me dit que cela se passait au début juin 1940. Il me demande, pour quand le second front ? Moi très embêté par cette question lui répond que je ne peux pas savoir que c’est un secret et qu’il y a peu de monde qui savent la date. Mais je lui dis aussi qu’il n’a pas besoin de s’en faire, car la victoire est pour bientôt. Je lui dis, ici tout le monde attend leur H avec impatience et que le jour ou ça va commencer, cela va être dur pour les boches. Il me dit que tout le monde, ne demande qu’une chose tous les Français qu’il connaît, qu’on leur donne des armes pour se battre... Mais voilà que 2 autres pêcheurs approchent, le lieutenant snif et moi on nous camouflait mais il nous ditQue ces 2 camarades. En effet c’est le pêcheur qu’on a vu en 1e avec un autre qui par la suite on saura que c’est son frère. On se dit bonjour et il nous donne encore des cartes postales et des photos. L’une est très nette spécialement il nous confirme les renseignements donnés par le 1e. Et c’est là qu’ils nous disent que sur la falaise il y a un poste de mitrailleuse et que les baraques sont sous terre et il y a 10 hommes. Moi je leurs dit et que ce soir que des camarades sont en train de monter la falaise on dirait la à cette mitrailleuse. Il me donne tous les renseignements possibles sur les endroits où on peut monter. Le 1e pêcheur me dit que comme il habite à et le taux, en temps de paix il allait faire la pêche et descendait par la falaise, et il y a toujours des cordes de chez lui je lui demande s’il ne peut pas aller les mettre, mais il me dit que pour aujourd’hui c’est impossible car il est assez tard, et qu’il ne pourrait vraiment pas le faire. Il me dit que si il avait su cela, le matin il l’aurait fait mais à ce moment-là je lui dis que peut-être on se répartit. (J’ai oublié de dire que la veille quand on lui a donné les rations, il nous a demandé si on voulait du poisson). Enfin j’ai insisté terriblement sur cette question mais ils lui avait l’air de savoir à quoi il s’exposait s’il ne mettait pas les cordes au bon moment, c’est à dire d’après lui le matin, de bonne heure.

On continue à discuter, il ne me montre (son frère surtout) les cartes de rations pour le tabac, pour les pommes de terre,, Les nouveaux billets de 20 fr. etc., etc. Il me dise que les boches sont démoralisés et que le matin même un allemand qui était retourné de Berlin de permission lui a dit « Germanie kaput ! Germanie capot ». Le français sont contents de voir cela mais il ne faut pas qu’il le monde car ils se font arrêter, même s’ils regardent un avion britannique passer. On parle de choses et d’autres, d’avant la guerre, du bon vin, etc. Il se demande si on n’a pas des armes alors donné, et ils sont assez intéressé dans cela car comme il me dise, ils ne savent jamais à quoi s’en tenir avec les boches, et il espère rendrait être toujours prêt. Je leur dis que malheureusement on ne peut pas. Il me dise que tous ils attendent les alliés avec impatience. Me dit de leur dire le lieutenant suisse si il connaisse la victoire allier en Sicile. Il rigole il me dise que ça c’est vieux, ils me disent que la 8e armée a débarqué en Italie ce matin à 4:30. Je leur dis comment ils peuvent le savoir. S’il y ils ont un poste de TSF et peuvent prendre de mes nouvelles de la 10 10 6 mai ces malheureux, car les moches quelquefois leur coupe le courant. Il me dise le nom d’un village d’après eux il y a beaucoup de chars allemands. On voit très bien qu’ils essaient de donner tous les renseignements possibles, et on voit qu’ils n’ont plus peur de parler. Il me dise que les femmes de Saint-Pierre vont pour la plupart avec les poches et comme je leur montre ma colère, il me dit que c’est surtout la très basse classe qui est comme cela. On leur donne des caramels du chocolat, ils sont très contents. Les 2 frères s’en vont et on reste seul avec le pêcheur en bleu de chauffe. C’est surtout lui qui est le plus intéressant car il est vraiment gonflé à bloc c’est à—dire, qu’ils sont fous de tout et veut vraiment nous aider. Je lui demande si le connais le numéro du régiment et de la division qui se trouve la, il ne sait pas mais il me dit qu’il y a un mois environ qu’ils sont la et qu’il vienne de Russie. On se sépare en se serrant franchement la main, enfin et il me dit qu’un jour il espérerait me voir et on pourrait parler librement devant un bonne bouteille de vin. Plus tard on voit repasser les 2 autres qui s’en retourne à Saint-Pierre ils nous font un salut amical.

Je crois que c’est tout, car si j’ai oublié quelque chose, ce n’est rien, car on a parlé de tout et je me rappelle les conversations qui nous intéressait le plus.

Personnellement je crois bien que c’était des petits qui voulaient servir la cause alliée, car comme ils m’ont dit les boches donnent une très grosse somme d’argent on se un anglais échappé ou cacher. Et bien pour eux il aurait été facile de le faire et on aurait été pris par les moches sans aucune difficulté. Mais comme je dis, cela c’étaient des bons français qu’il voulait se sacrifier pour nous aider. D’ailleurs je leur ai dit qu’il fasse toujours comme cela était ainsi la victoire serait plus facile et plus rapide.

N°1 Troop N° 10 Commando

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